345 – Covid-19. Nombreuses free parties en Normandie « Les organisateurs ne sont pas fous »

Publié le 17 août 2020

345 – Covid-19. Nombreuses free parties en Normandie « Les organisateurs ne sont pas fous »

Publié le 17 août 2020

En Seine-Maritime, depuis plusieurs semaines, les forces de l’ordre interviennent sur des free parties, organisées le week-end. Un phénomène nouveau ? Sarah et Grégory témoignent.
Depuis plusieurs semaines, les free parties se multiplient en Normandie et notamment en Seine-Maritime. Dans des lieux reculés, ces fêtes non déclarées rassemblent des jeunes autour de la techno. Elles sont décriées par certains en cette période de crise sanitaire, mais aussi à cause des nuisances sonores qu’elles engendrent. Cependant, elles ne peuvent pas, selon Grégory et Sarah habitués de ces soirées, « être cantonnées à un phénomène nouveau lié au Covid : c’est un vrai mouvement culturel qui date ». Les deux Normands insistent :

    Les teufeurs ne sont pas des inconscients, les organisateurs ne sont pas des fous.
« Le bouche-à-oreille fonctionne très bien »

Association normande de prévention et de réduction des risques et des dommages en milieu festif, Prév’en Teuf et ses membres interviennent « à 90 % sur des événements techno comme des free ou des rave parties ». Grégory fait partie des membres fondateurs et soutient le mouvement des free parties « depuis ses débuts dans les années 1990 ». Sarah, « teufeuse assumée », est originaire de Rouen, à 24 ans cette étudiante partage sa vie entre la Normandie et Paris.

    C’est l’idéal quand on aime la techno comme moi et les fêtes. Chaque semaine, je n’ai aucun problème pour aller à une free party que ce soit près de Rouen ou sur Paris. Je ne cherche pas vraiment, le bouche-à-oreille fonctionne très bien. Pour ma première free sur Paris, un ami m’avait filé un flyer avec un numéro de boîte vocale à appeler juste avant pour connaître le lieu. Maintenant je suis avertie par SMS.

Pas d’appels sur les réseaux sociaux, « le but c’est évidemment pas d’être repérés avant d’arriver ». Grégory précise effectivement : « Contrairement à une rave party, une free party n’est pas déclarée. Elle rassemble en général une centaine de personnes. Les organisateurs installent le matériel (sound system) dans un endroit voulu à l’écart de la population sur un terrain privé souvent dans des zones forestières. La free party en général ne dure que quelques heures. »

Et Sarah d’ajouter : « C’est la différence majeure avec une rave déclarée qui peut aller jusqu’à plusieurs jours sur un site. Il est plutôt fréquent que les free parties soient stoppées par l’intervention des gendarmes. » Ces derniers sont appelés « le plus souvent par des riverains qui entendent la musique ou par le proprio du terrain ».
En manque de raves

Grégory rappelle que « la free party en France, c’est loin d’être nouveau. Il y a eu la loi concernant la confiscation du matériel des organisateurs alors le mouvement s’est adapté face à la répression, mais il y a toujours eu des free parties ou des raves en Normandie. C’est avant tout un vrai mouvement culturel selon moi. »

Pour Sarah, « avec le Covid, nous sommes en manque de fêtes et évidemment tous les festivals ont été annulés. C’est normal que ça se développe. On a tous besoin d’aller se défouler ». Et la jeune femme d’insister : « Évidemment, les médias évoquent des rassemblements énormes comme en Lozère le week-end dernier, mais moi là où je vais on n’est pas plus de 200 à chaque fois. »

« Quand on me dit qu’on prend des risques par rapport au Covid, je réponds que tous les jours j’ai des exemples à Paris d’endroits où il y a bien plus qu’une centaine de personnes rassemblées et qui ne portent pas de masques, sourit la jeune femme. Récemment je suis allée me baigner en Seine-Maritime ; franchement à la plage, il n’y a pas de risques ? »
« L’autogestion force à prendre soin de l’autre »

L’usage des stupéfiants lors des free parties, aucun des deux ne le nie. Pour Grégory qui assure sur site la prévention, « ce qui peut paraître choquant c’est que la vente et la consommation ne sont pas cachées sur les free parties. Mais selon moi, la stigmatisation doit s’arrêter. Parce que dans les clubs, bars ou boîtes c’est la même chose sauf que par peur de répression, on se cache. Ce n’est pas parce que les free parties ne sont pas déclarées qu’elles ne sont pas très codées. Les teufeurs ne sont pas des inconscients et les organisateurs ne sont pas des fous. Prév’en Teuf n’est pas la seule association qui répond à leur demande quand une free party s’organise. L’autogestion force à prendre soin de l’autre ».

Sarah ne sait pas encore si elle se rendra à une nouvelle free party ce week-end. Pour Grégory : « Covid ou non le mouvement Spiral Tribe à l’origine du mouvement free party ne va pas s’éteindre, ça, j’en suis certain. »

Les risques légaux liés à l’organisation d’une free party
Tapage nocturne, défaut de stationnement, détérioration de biens, abandon de déchets, facilitation d’usages de stupéfiants, mises en danger de la vie d’autrui, agression sonore : les risques encourus par les organisateurs des free parties sont nombreux et dépendent avant tout du nombre de personnes présentes. L’association Freeform qui « intervient sur l’ensemble du territoire national auprès de jeunes souhaitant s’investir dans une pratique artistique, notamment dans le champ des musiques électroniques » a dressé plusieurs fiches sur son site indiquant ce que les organisateurs encourent.

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